Quand le symptôme témoigne du dysfonctionnement intra-familial

Gratuit
Recevez toutes nos informations et actualités par Email.

Entrez votre adresse email:

Mlle B a 23 ans lorsqu’elle vient consulter pour un syndrome anxio-dépressif.

Cette prise en charge fera l’objet d’un suivi familial.

Elle décrit un couple parental qui ne s’est jamais aimé à ses yeux, mais dont il lui était insupportable d’imaginer la séparation.

Son père, représentant de commerce, voyage beaucoup, et sa mère est au foyer.

Ils se sont rencontrés lors d’un bal, voilà 30 ans, et se sont mariés car, « il fallait le faire » - diront-ils - surtout aux yeux de leurs parents.

Après plusieurs fausses couches, l’arrivée de Mlle B est inespérée et elle sera fille unique.

Bébé, elle manifeste des angoisses nocturnes et ce, jusqu’à 7-8 ans, qui ne seront apaisées que lorsqu’elle est dans le lit parental.

L’anorexie se déclenche à 14 ans, lorsque sa mère quitte le domicile conjugal pour rejoindre un homme durant 3 jours.

Quelques mois après, l’amaigrissement est tel, que le pronostic vital est en jeu et une hospitalisation s’imposera.

Mlle B, brillante à l’école, hyper investie, sportive de haut niveau, souhaite faire des études supérieures, néanmoins, cela lui impose de quitter la région  et alors, à nouveau se greffe une culpabilité intérieure : « Si je pars, j’ai peur que papa et maman se séparent . »

Toutes les inquiétudes générées par leur fille, unissent le couple au delà des conflits conjugaux qui sont très nombreux.

Aussi, les signes de l’anorexie s’abolissent après plus de deux ans de souffrance psychique et physique. Elle ne fera qu’un essai de quelques mois dans une école, loin de chez elle, mais finira par réintégrer son département et poursuivre par correspondance pour mieux “surveiller” ses parents dira-t-elle.

Durant des années, et ce, depuis le plus jeune âge, Mlle B se décrira comme la confidente de ses parents, dans un processus dit de « parentification » ( elle deviendra parent de ses parents).

Elle prend soin de son père qui s’alcoolise et fait tout pour qu’il arrête.

Sa mère, souffrant d’incompréhensions de la part de son mari, partage toutes ses souffrances conjugales à sa fille.

« Elle me rassurait et apaisait mes angoisses… ma fille était toujours présente pour moi, nous dormions aussi ensemble car je me sentais seule ».

Aujourd’hui une nouvelle symptomatologie l’amène consulter : un effondrement dépressif  avec, à nouveau, une régulation par le contrôle nutritionnel.

Cette résurgence s’inscrit dans un contexte où il existe un conflit entre le compagnon de Mlle B et son papa, conflit, où elle évoque, qu’elle fait «tampon » et que cette situation lui est à nouveau insupportable…

Bien qu’il serait nécessaire de développer l’anamnèse de vie de Mlle B ainsi que celle de ses parents, une lecture autre que médicale et diagnostique, ou purement psychanalytique, pourrait envisager l’hypothèse de constater combien le symptôme (ici l’anorexie) vient symboliser le dysfonctionnement conjugal et dispose de cette « toute puissance » de maintenir et de répondre au désir de non séparation du couple parental de Mlle B.

Cela passe par « des jours  sans faim » comme l’a écrit Lou delvig

Aussi la démarche familiale s’inscrira dans l’observation des enjeux,  et ,peu à peu, à une conscientisation de la fonction du symptôme, ainsi que de la place et du rôle de chacun dans un contexte où tout le monde souffre, mais où à la fois cette souffrance trouve « sens » d’une certaine manière dans cette famille…

Nicolas SAJUS ©

Doctorant - chercheur

Psychanalyste - Conseiller conjugal et familial - Sexologue

  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »