La famille aujourd’hui….enjeux d’une mutation…

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La famille en Europe est un fondement…c’est aussi pour cela que son évolution et ses recompositions  interpellent…

Elle est le lieu de la naissance, du processus d’individuation, de construction identitaire, point de repère, d’ancrage de valeurs…

Comme l’adolescence est le miroir d’adultes dans la société…la famille (institution) est aussi reflet des bouleversements institutionnels.

Contrairement au discours ambiant, la famille ne serait pas « en crise » sinon dans une période de mutation…Il ne s’agit donc pas de parler de fin du monde le 12/12/2012…

En regardant l’histoire, on constate que la cellule familiale a évolué…

Ce postulat, ne doit pas faire l’objet de regrets, d’une nostalgie d’un type de fonctionnement qui a existé…

Ces bouleversements ont été connus chez les grecs, romains, au XVème siècle ainsi qu’au XVIIIème siècle en France.

Les discours actuels du type : « on ne reconnait plus nos jeunes »,  «  jamais je ne me serai permis de parler ainsi à mes parents », « ce n’est pas moi qui t’es éduqué ainsi », etc…ne doivent pas être le témoin d’un « pessimisme ambiant », d’une désespérance ou d’un catastrophisme, mais le constat  de cette mutation …

Si la famille, il y a quelques décennies se parlaient en termes de parents, fratrie ainsi que grands parents  qui vivaient ensemble, les évolutions sociétales ne permettent plus de la percevoir ainsi.

La révolution industrielle du XIXème siècle, puis l’industrialisation massive a participé à cette évolution.

L’exode rural vers les villes voit une évolution qui va atteindre son paroxysme vers la fin des années 1960.

La cellule familiale va « s’éclater », et le rapport au travail se conjugue à deux, avec l’émancipation de la femme.

Aussi « l’imago »  féminin va se modifier : L’épanouissement va passer par la femme au travail.

Avec la loi de 1975 sur l’IVG, (et l’accès à la contraception généralisé) on pense : « émancipation », liberté sexuelle et choix dans la procréation…

Or, alors que cette loi devait diminuer le nombre d’avortements, ce dernier ne s’est jamais modifié (225000 par an), et les chiffres tendent à prouver que chez les adolescentes, il  augmenterait même…

Loin d’être à condamner, la plupart des jeunes filles ne sont jamais « suivies », …aussi parle- t-on de plus en plus de « trauma » post avortement…

Il ne sert à rien de « culpabiliser » adolescentes ou  femmes…car ce sentiment s’inscrit déjà dans l’acte qu’elles posent…il n’y a qu’à les accompagner pour le mesurer…

Ainsi, par ces changements, s’inversent peu à peu, certaines valeurs et apparait  même une déconsidération de la femme au foyer, modèle encore persistant jusqu’en 1960.

Aujourd’hui, certaines d’entre-elles  n’osent même plus prendre un congé parental.

Le rôle de l’Homme et du père se pose sous de nouveaux angles, parfois jusqu’à être discrédité dans son rapport à l’autorité.

Même s’il passerait plus de temps devant la télévision, il est devenu participatif aux tâches ménagères, à l’éducation  des enfants…

On a souhaité ainsi évoquer de plus en plus l’égalité homme/femme…(en lieu et place de complémentarité)

Ceci repositionne la place de chacun…avec certes des avantages mais aussi des angoisses…

Ces transformations familiales trouvent leurs corolaires dans les mutations sociales, économiques, politiques et religieuses.

La fin du XX siècle voit se désinstitutionnaliser le mariage et de nouveaux statuts apparaissent : l’union libre, le PACS…

Aussi la nouvelle loi sur le divorce va participer  à une accession simplifiée à ce dernier. On le banalise aussi.

Ainsi si 10% des couples divorçaient en 1960, 43% divorcent en 2006, 48% actuellement…

Le lien aussi avec l’émancipation de la femme serait à noter puisque dans plus de 70% des cas c’est la femme qui est à l’initiative.

A noter qu’on se marie de plus en plus tard (31 ans pour l’homme, 29 ans pour la femme et l’âge du premier enfant a reculé : 30 ans en moyenne)

La France est l’un des rares pays à faire garder les enfants (nounous par exemple) ou à les scolariser (halte garderie) si précocement.

Cela donne des enfants, qui, très tôt s’individualisent. Ce qui n’est pas forcément négatif…ils sont très vite éveillés et non hyper-actifs comme on l’admet trop souvent.

1968, a fait exploser les barrières morales, spirituelles, les repères, les limites et nous sommes arrivés à une société de plus en plus  hédoniste et individualiste, avec un « sens » exacerbé de la « jouissance » dans tous les domaines et un rapport au paraître qui ne cesse de croitre.

De plus, l’ère télé réalité dans les années 1990 a accentué ce phénomène « voyeuriste » avec une « hyper-sexualisation » …

La pensée doit se « fondre », tout se banalise devenant « normal » et on constate l’émergence  d’axes philosophiques que l’on définira comme « relativistes », c’est à dire ou « tout se vaut ».

Les « nouveaux jeunes » (issus de parents de ces générations là) ont évolué dans ce continiuum.

Face à l’absence de cadre, de “sens”,  de repères, à l’insécurité et l’anxiété que génère la société, les adolescents se créent leurs propres rituels… Ainsi, même les modes de consommation des drogues s’est modifié…les jeunes se « déchirent »…il faut vivre des expériences dans des conduites  ordaliques…

L’alcoolisme en est un exemple avec la mode du « binge drinking »…on boit en peu de temps des quantités très importantes d’alcool fort jusqu’ au coma parfois.

Il en est de même pour la sexualité où l’on oublie même que l’acte  a pour but de donner la vie…Aujourd’hui, on crée un clivage entre fécondité et sexualité…et on ne cesse d’angoisser les jeunes en leur parlant de performance (ce que renvoie entre autre la pornographie), du SIDA, d’infections sexuellement transmissibles ou d’IVG…On crée des peurs !

Même les adolescents témoignent de leur ras le bol concernant l’association : sexualité, maladie, I.V.G…

Néanmoins, tous ces phénomènes ne sont pas sans conséquences sur les couples et familles qu’ils vont former.

Face au constat de la « divortialité », les mariages qui n’ont cessé de diminuer, voit le rapport à la filiation devenir essentiel. Ainsi on est rentré dans un monde de l’enfant roi, voir tyran, qu’on ne sait plus gérer…et on avait besoin de « super Nany », car on ne se sait plus quoi faire avec l’enfant de 3 ans qui crache, mord,  insulte ou fait la loi à la maison…

Cela a modifié le rapport à l’autorité qui n’est plus verticale : nous ne sommes plus dans le « pater familias »…c’est-à-dire un mode masculin, hiérarchique, et  autoritaire « directif »…

Rester sur ce type de fonctionnement n’entraine que de la violence chez la plupart des enfants et des jeunes aujourd’hui…

L’autorité est devenue horizontale… ce qui veut dire, que, loin de tout autoriser elle se situe dans, certes, certains interdits, mais surtout dans  du compromis, ouvert au dialogue. (Surtout à l’adolescence)

Le couple, quant à lui, est devenu « sensoriel » explique Willy PASINI.(psychiatre et sexologue)

Aujourd’hui de nouveaux rapports à la relation s’instaurent.

Construire un couple sur des bases uniquement affectives convoque  la fragilité de ce dernier.

Ce que l’on mesure largement  dans le concubinage où se multiplient les séparations et ce, de manière encore plus importante que dans le mariage.

On se met parfois ensemble pour lutter contre la solitude (qui est de plus en plus mal vécue) parfois par crainte de l’indifférence, et non plus pour vivre une relation à deux…

Cet  « émotionnel » s’est énormément exacerbé avec les nouveaux types de rencontres « internet », où  « l’idéalisation » ou  «la  lune de miel » est fulgurante.

On ne prend plus le temps de se connaître, de se découvrir dans ses richesses et différences, sociales, culturelles, régionales ou ethniques, éducationnelles, spirituelles…

Les études américaines montrent qu’on peut évaluer « la durabilité » d’un couple à la gestion des difficultés…Aujourd’hui dans cette notion “d’hyper émotionnalité” , on se sépare dans la difficulté, ne cherchant plus à voir si elle peut être dépassée.

Aussi de nouveaux concepts apparaissent, les « adulescents », (le syndrome Tanguy)…On ne sait même plus définir la fin de l’adolescence…je parlerai donc de jeunes adultes « immatures  affectivement »…ce qui fragilise le couple et la famille…

Aux Etats Unis, Sandy Burchsted estime que d’ici moins de 50 ans, il y a aura 4 mariages :

1- le mariage d’essai ou de démarrage

2- le mariage de la parentalité (on a des enfants)

3- le mariage centré sur « soi », on s’accomplit, et on se réalise

4- le dernier mariage qui serait celui jusqu’à la mort et se définirait comme le lien « spirituel »

En France on ne peut faire tout à fait le même comparatif car on vit plus en concubinage, ce qui n’existe pas trop aux Etats Unis…néanmoins le constat des chiffres aujourd’hui laisse à démontrer que l’on tend de plus en plus vers deux mariages. (avec une première séparation vers 40 ans environ)..

(Il est à noter, la survenue de nouvelles séparations à 60 ans qui ne cesse de croître)

Un des nouveaux questionnements est aussi celui de l’enfance et des adolescents…Ils appartiennent à l’ère virtuelle…Ceci a aussi repositionné la famille…

L’un des grandes nouveautés depuis plus de 10 ans serait la question de la « place » au sein de la famille.

Si durant des décennies les parents ont été une des sources de savoir pour leurs enfants, il n’en est pas du tout pareil aujourd’hui avec le développement de tout type d’écrans…

Ainsi combien de parents disent actuellement : « je me sens dépassé…c’est mon fils ou ma fille qui sait… »

Un nouveau rapport dans la communication se crée. Des études tendent à démontrer qu’alors que la communication dans la « virtualité » ne cesse de croitre : internet, réseaux sociaux, chat, portable, SMS…la communication intra-conjugale et intra familiale diminuerait.

Là aussi s’interroge cette bascule transgénérationnelle avec les incompréhensions qui peuvent surgir dans l’absence de mots…

Face à tous ces constats qui ne sont pas exhaustifs…comment réagir…

Tout d’abord…ce n’est pas la fin du monde !

Aujourd’hui nous n’avons pas assez de recul sur ces évolutions…

Regarder le couple et la famille…c’est d’abord prendre conscience de ce qu’elle vit aujourd’hui…

Il faut accueillir les personnes avec ce qu’elles sont en laissant tomber les étiquettes : famille : monoparentale, recomposée, séparée, divorcée, homoparentale, traditionnelle ou « normale »…

Il n’existe pas un modèle de couple ou de famille idéale…Mais des couples et des familles aussi riches et singuliers que l’Homme…

Loin d’être un échec, le divorce, n’est pas  à banaliser, mais à accueillir, sans doute, plus qu’il ne l’est aujourd’hui…il s’agit d’une véritable souffrance vécue…

On est loin du film : « génial mes parents divorcent » ou des « soirées branchées pour fêter son divorce »!

Chez l’enfant, l’adolescent voire le jeune adulte, dans l’immédiateté de l’annonce de la séparation, s’effondre cet idéal du couple parental qui s’aime …pour autant il faut laisser du temps et rien n’est jamais « perdu »…Le déterminisme humain n’existe pas.

La préparation à l’engagement est un axe essentiel…Il faut savoir qu’en France, face à ce taux de divorce, certaines mairies font appels à des conseillers conjugaux pour accompagner les couples…

PENSER le couple demande aussi à PANSER des blessures, une histoire de vie…questionner le couple sur le « sens » de leur engagement…

Le discernement est ESSENTIEL !

Tous les jeunes ont une soif d’absolu dans le couple…ils attendent qu’on leur parle de la relation, amitié, amour, comment  cela se construit, comment cela peut durer, comment vivre sa sexualité, comment gérer les conflits etc…cela demande d’être à leur écoute et de se dégager de certains préjugés les concernant et de cesser de projeter des peurs d’adultes…

Mais les représentations des ainés, ce qu’ils voient à la TV, sur internet ou entendent à la radio n’est pas en cohérence avec ce qu’ils veulent vivre…A la fois « l’image » est devenue si importante que certains se conforment…

Touts les couples s’inscrivent, en principe, dans un désir de durée lorsqu’ils s’engagent…

La dimension spirituelle, c’est-à-dire ce qui fait « sens » pour l’homme est ontologique.

L’Homme a une essence physique, psychique et spirituelle…Dans une société hyper technicisée, l’humain n’a jamais été autant en soif de spirituel…Il n’ y a qu’à regarder l’émergence des sectes ou nouvelles religiosités…

Les jeunes,  les Hommes a fortiori  les familles sont des chercheurs de « sens » et ce n’est pas pour rien que beaucoup d’adolescents vont aussi vers l’occultisme ou autres pratiques ésotériques…

Un indicateur de la question du « sens » en France est celle du taux de tentative de suicide  qui représente la deuxième cause de mortalité chez les 19-24 ans…avec , en outre, un âge de plus en plus précoce de passages à l’acte…aussi faut il aller les chercher !! La pulsion de mort est aussi pulsion de vie…car c’est une manière d’exprimer la souffrance, le mal être et la demande d’aide…ce n’est pas forcément un réel désir de mort !

Dans l’absence de mot, c’est le passage à l’acte qui fait souvent suite…

Les parents et les adultes doivent le repérer.

Nombreux jeunes évoquent cette “non-écoute”, cheminent sans cadre…Il y a ceux qui sont en carence affective… ceux qui ont une hyper abondance affective,  qui ont tout, et qui ne se sentent pas plus aimer .

La place des grands parents reste aussi importante…car ils peuvent être vecteurs de stabilité même pour des familles séparées…

A la fois, une grande majorité cherche et trouve des repères dans de nouvelles valeurs telle l’écologie par exemple que tant d’adultes négligent…

Comme l’évoque Jean Marie Petitclerc, nous devons nous donner les « moyens de connaître le système dans le quel évolue le jeune » (« Eduquer aujourd’hui pour demain »)

Il en va de même pour les couples et les familles.

Aussi la famille dans ses nouveaux repères n’est pas à juger en termes de bien ou de mal, elle subit certaines transformations, et de nouveaux cadres sont en train de se créer…

Nicolas SAJUS ©

Doctorant - chercheur

Psychothérapeute - Conseiller conjugal et familial - Sexologue

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