La relation d’aide

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La notion de : « pouvoir aider » quelqu’un, donne « sens » à l’existence pour nombreuses personnes…

Néanmoins, vient ici se questionner la sémantique du «pouvoir» que l’on peut lire en terme de «possibilité» ou symboliser de manière hiérarchique: qui fait autorité, savoir, connaissance.

Le « donner » et le « recevoir » sont des éléments sources de bien être et de valorisations dans l’inter-relation…nul ne peut douter de cela, et ce n’est pas forcément négatif.

Néanmoins, cela demande déjà de comprendre un minimum ce qu’est la souffrance humaine (notion très vaste et infinie) et d’avoir fait le point sur sa propre existence lorsqu’on est accompagnant.

En premier lieu, comment regarder cet autre, quand on refuse soi même de se voir, de se connaître ?

Quelle soit psychique ou physique, la douleur est inhérente à la condition humaine et tout le monde, tôt ou tard, s’y trouve confrontée.

Ce sont des moments où la temporalité ne devient plus la même entre la personne « bien portante » et celle en état de faiblesse.

Le rapport à la souffrance est unique, purement singulier.

Cela vient aussi questionner toute la représentation familiale, la culture, les valeurs, les croyances de la personne, quant à la manière de la vivre.

Il y a parfois un repli sur soi, des appréciations qui sont parfois erronées et qui donnent des interprétations de la vie, des personnes, des ressentis…Le réel de la vie se modifie…

Elle peut s’exprimer aussi par la répétition du «dire» et les interlocuteurs vont même exprimer parfois : « qu’est-ce qu il/elle est difficile à vivre», quand les mots ne sont pas plus forts !

Il y a le déni complet…Cela peut ressembler à : « Tout va bien “, et les yeux sont cernés et avec 10kg de perte de poids ( c’est le «dobble bind»: c’est un double message contradictoire) etc…

En somme, il existe DES expressions de la souffrance…

Le but, n’est pas de s’imposer à l’autre.

La dimension de changer n’appartient pas à l’accompagnant, mais à celui qui vit l’épreuve, qui posera en conscience son désir ou non de mobiliser ses ressources pour pouvoir vivre autrement et accepter cette aide.

Aussi, combien il peut être difficile, à commencer par des soignants, de voir qu’une personne se détruit moralement, physiquement, psychiquement malgré tous les bons conseils prodigués par celui qui les préconise.

(je n’évoque ici aucunement les situations où il existe une cadre règlementaire pour protéger les personnes, et ou il faut absolument intervenir, par altération de la conscience, en regard des troubles constatés)

Malgré tout un savoir, toutes les compétences requises, nul ne peut se placer en « Saint-Bernard», c’est-à-dire “sauveur de l’autre”.

La liberté et la volonté de sortir de la souffrance appelleront toujours certes une inter relation (car on ne peut rebondir dans la vie tout seul), mais convoqueront en même temps cette liberté de la choisir et de la vouloir.

Aussi, vouloir accompagner, ne sera jamais s’imposer en tant que maître… ce qui parfois est vécu comme injuste, dévalorisant…

Accompagner l’autre ce n’est pas parler de soi…

Cet exemple me fait évoquer, le discernement pertinent qui est réalisé, dans certains centres de soins palliatifs, pour éviter que l’accompagnant vienne “réparer” sa propre histoire de vie de la maladie, celle d’un parent ou d’un proche.

Il s’agit aussi de comprendre le processus de la souffrance… du deuil qui est un chemin (choc, déni, tristesse, colère, acceptation), où les attitudes doivent être adaptées en regard des différenets étapes.

Ainsi la colère que peut exprimer une personne dans son mal être, n’est pas forcément adressée à l’écoutant ! il faut pouvoir le discerner à la place de se mettre soi même en colère.

La nécessité de poser des questions est indispensable pour l’évaluation d’un état clinique, et la mise en place éventuelle d’un traitement.
Traitement, qui nécessitera d’avoir obligatoirement des réajustements en fonction de l’évolution favorable ou non de la souffrance.

Par contre, la relation d’aide et l’accompagnement de la personne ne se situent pas dans ce même registre.

Comme je le disais tout à l’heure, il ne s’agit pas forcément d’un « faire », sinon d’un « être ».

Cela passe par de l’écoute plutôt que des conseils qui ne sont pas demandés.

Respecter les sentiments de la personne et les accueillir. (et donc, même la colère !)

Eviter d’exprimer ce que l’on pense de mieux pour l’autre. Les solutions de la personne qui écoute ne sont pas forcément les solutions de cet autre.

Dans la souffrance il y a parfois un enjeu : «aide moi, mais laisse-moi», il ne faut jamais oublier que celui qui souffre aura toujours besoin d’une aide et que cet autre représente un espoir….mais que cela s ‘apprivoise et il faut parfois donner du temps au temps.

Cela ne veut pas dire qu’il faut avoir pitié.

Cela n’appelle pas non plus la curiosité, du jugement et ou de la condamnation.

Cela ne demande pas de pleurer avec la personne qui a sans doute déjà pleuré bien plus de larmes qu’on imagine.

Il pourra s’agir aussi de ce que l’on nomme l’infra- verbal, c’est-à-dire le regard, un sourire, une voix apaisante.

Dans certains cas il s’agira de prendre la main, si bien sûr la personne l’accepte car le rapport au corps, lui aussi est quelque chose d’unique et surtout d’intime.

Dans tous les cas, une aide se propose et non s’impose et, nul n’a la capacité de changer l’autre….
Le changement est une disposition du cœur, de l’être, à le vouloir car il y a des enjeux et des conflits intérieurs souvent complexes dans la personne…

Enfin, le relation d’aide appelle la compassion, l’empathie et en tout premier lieu le respect de la liberté des attentes de celui qui vit la douleur…(c)

Nicolas Sajus

Doctorant/chercheur

Psychanalyste

Conseiller conjugal et familial
sexologue

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