Adolescence et pornographie : dé(s)-liaisons parfois dangereuses…

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La pornographie a envahi notre société…et cela touche bien sûr l’adolescence.
Il s’agit aussi ici de nommer toutes les images à caractère pornographique, en effet certaines d’entre-elles sont inductives…

Les adolescents trouvent cela dans des clips, des revues, puis les films ou photos via la télévision, internet, ou portables…

Sans pour autant penser qu’il y aurait une montée brutale de la perversion sexuelle, certains auteurs, à commencer par certains « psy », banalisent le fait…

Si pour les jeunes, il peut s’agir d’une curiosité transitoire, pour d’autres, la question peut se poser autrement, notamment en regard d’un nouveau type de dépendance…et même si l’adolescence reste une période où il faut rester très prudent quant à un diagnostic, on ne peut remettre en question l’émergence de « sex addict »…

Aussi l’évolution de ce type d’images vers le trash n’est pas non plus sans conséquence.
Un célèbre réalisateur évoquait le fait, qu’aujourd’hui, il faut rajouter des scènes humiliantes, violentes, des insultes…pour vendre…l’ère de la « porno soft » étant bel et bien révolue…

Les dernières études posent ce constat : 80% des garçons de 14 à 18 ans et 45% des filles du même âge ont vu au moins un film pornographique durant les 12 mois écoulés.(INSERM :Institut national de la santé et de la recherche médicale)

Alors, comment pourrait-on imaginer que l’adolescent ne soit pas affecté par de telles images ?

Comment ne peut on pas s’interroger sur le fait que, l’adolescent, dans cette transition vers le monde adulte, ne puisse se trouver dans des confrontations entre évolution pubère (et ses transformations ) et de telles images ?

Cela le renvoie parfois à une réalité, pour laquelle il n’est pas forcément prêt.

Comment ne peut-on pas réaliser que se questionne aussi le rapport à l’autre, dans le couple, ainsi que les représentations sexuelles ?

Comment peut-on douter de l’impact de cette “hypersexualisation” ou “hyperérotisation” sur l’adolescent qui a souvent la capacité de dire ” tout va très bien “?

Ainsi, peut-on retrouvé des comportements qui devraient interpeler : «je ne peux pas m’en empêcher, je me masturbe aux intercours (A : 12 ans)», «je dis à mes parents que j’achète des revues automobiles de tuning pour avoir l’argent, mais ce qui m’intéresse ce sont les femmes à poil à la fin (B :11 ans) », « « c’est plus fort que moi, même aux toilettes, je prends mon portables pour voir des films pornos ( C. 14 ans) »…

A la fois, si la transgression est une voie élective de l’adolescence (dont peut faire partie la pornographie), il est aussi intéressant de questionner ce qu’elle pourrait bouleverser dans une identité de sujet.

En outre, il s’agit aussi de sensibiliser les parents, et d’éviter que certains « cautionnent cela ».
« J’étais avec mon père acheter des films porno (D : 13ans) », « mes parents laissent les revues sur la table (E : 9ans) » etc…

Même si nombre d’adolescents sont très réalistes sur ce type d’images, il est aussi important de comprendre qu’il semble parfois difficile de résister face à une telle stimulation du désir et du fantasme.

On peut remarquer, au plan clinique, combien en regard de ce type de représentation peut se créer une déliaison entre l’affect amoureux et l’acte …

On ne peut plus parler de relation dans le sens du partage sexuel qu’inclurait la tendresse, les caresses, les mots etc…

Il est aussi important au delà des « ados », de constater que certains jeunes enfants sont déjà dans ce « bain »…

Aussi, avant d’être péremptoire, moralisateur et de se situer sur le registre du « bien » ou du « mal », les nouveaux enjeux auprès des adolescents sont de les aider à décrypter ce type d’images, de relations…en les questionnant :

Qu’est ce qui fait que l’adolescent à un moment regarde ces films ?
Recherchent-ils une forme d’ivresse ?
Est ce la curiosité, une timidité ?
Quel rapport au corps montre ce type d’images ?
Peut-on parler de relation communicationnelle ?
Quelle représentation donne-t-on dans la relation homme /femme ?
Quelle représentation donne-t-on du rapport sexuel ?
Que renvoie t-on en regard du souci de performance sexuelle ? (taille du sexe, les éjaculations…)
Que fait-on de la notion de plaisir partagé ?
Comment s’évoque le respect humain, le consentement des personnes ?
Que penser des pratiques?
Ne questionne-ton pas qu’une part animale ?
Savent-ils le « merchandising » qui existe ? C’est aussi pour cela que c’est un défi délicat surtout lorsqu’on constate le poids médiatique et financier de cet « univers là ».
Etc…

C’est peut être à partir de là que peut se faire le chemin….
Cela prend forcément du temps d’aller “chercher” l’adolescent pour évoquer le « sens » qu’il donne à ces images et de le corréler à ce qu’il souhaite vivre…

Cela passe aussi par renforcer sa parole…il a besoin des mots de l’adulte qui va le conforter et le rassurer dans une démarche qui est là pour le faire grandir…Ce n’est pas le contexte sociétal qui risque d’être ressource actuellement…mais des référents qui, sans parler « de psy », ont simplement du « bon sens »…

Je n’ai pas encore rencontré d’adolescents me dire : « je veux vivre une « relation pornographique » »….
Au contraire, aller à leur rencontre c’est aussi réaliser qu’ils sont aussi capables de dire que dans la relation, il existe d’autres dimensions que la jouissance…que sont la pudeur, compter pour quelqu’un, partager, pouvoir plaisanter à deux, partager un ciné, la fidélité, la tendresse, construire des projets…
C’est sans doute là que l’adulte doit valoriser…même s’il n’a pas vécu cela… ©

Nicolas Sajus

Doctorant/chercheur

Psychanlayste

Conseiller conjugal et familial – Thérapeute systémicien –
Sexologue

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