Adolescence et crise suicidaire

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L’adolescence est la transition de l’enfance et l’âge adulte.
C’est une période de bouleversements, une métamorphose telle la chrysalide en papillon… au plan physique, psychique et physiologique.

Sa genèse se nomme puberté, avec l’apparition des caractères sexuels secondaires.

Elle n’est pas une fatalité, ni même une maladie, comme peuvent encore le penser certaines personnes…

Pour autant qui sont ces jeunes aujourd’hui ?

Il est d’une évidence que l’adolescence actuelle, n’a rien à voir avec ce qu’elle a pu être jadis.
Ainsi, certains spécialistes de la question, théorisent, à juste titre, sur de nouveaux concepts concernant ces « nouveau ados »…

Combien de personnes disent : « nous ne reconnaissons pas cette jeunesse actuelle, en regard de celle que nous avons vécue »…
Combien d’enseignants ou éducateurs évoquent : « ils sont bien plus difficiles » !
Etc…

Jacques Prévert écrivait :« Aujourd’hui, c’est du napalm que l’adulte met dans la tête des enfants et il est étonnant qu’il s’étonne quand l’enfant fabrique des cocktails molotov même avant d’être adolescent. »

Aussi avant de juger, de critiquer, de dénigrer, de désespérer ou de se lamenter…il serait bon de constater que l’adolescence est aussi le miroir d’une société qui est en mutation…Elle est donc aussi « symptôme » d’adultes, qui projettent notamment de nombreuses angoisses…

C’est ainsi que certaines études montreraient que 8 adolescents sur 10 seraient concernés par l’anxiété…

Au travers de cette notion, se questionne entre autre « l’attachement » théorisé par J Bowlby (largement étudié depuis un peu plus de 10 ans) qui convoque aussi le processus de séparation/individuation ainsi que la notion de sécure/insécure

Dans une société qui est passée depuis 1968, du « tout éducatif » à : « il est interdit d’interdire »…tout se trouve bouleversé…à commencer par l’autorité légitime parentale…

Que dire alors au niveau de l’école où les enseignants sont parfois débordés ?

Le rapport au monde du jeune est aussi différent…les modes de consommation de drogues a évolué, à l’instar de l’alcoolisation où il faut se «déchirer» (binge drinking)

La jouissance est sans cesse mise en avant (porno, skins party, sexting…etc..)

Le voyeurisme et le paraître n’ont jamais autant été d’actualité (depuis l’ère de la télé réalité en 1995)… et le rapport au groupe devient différent…

Face à ces constats, la crise suicidaire n’a de cesse de croître depuis ces dernières décades…

Le suicide est la deuxième cause de décès (plus présent chez les jeunes homosexuels) chez les 15-24 ans en France. Parmi ces jeunes, deux tiers sont des garçons. Le taux de suicide a chuté depuis 1985, mais les tentatives de suicide des 15-19 ans ont augmenté.

Les femmes font deux fois plus de tentatives de suicide que les hommes, les hommes se suicident deux fois plus que les femmes.

Le taux de tentative de suicide décroît avec l’âge alors que le taux de suicide augmente (selon l’INSERM)

Ainsi actuellement, les premières tentatives de suicide apparaissent avant l’âge de 15 ans et des passages à l’acte existent dès 11 ans (selon certaines études)

Les raisons sont pluri factorielles et des paramètres objectivables ont été étudiés :

* l’environnement familial
> le développement de l’enfant
> la notion de traumatismes
> les maltraitances ou violence
> l’abandon et un bas sentiment de sécurité
> le regard négatif des pairs
> L’atteinte narcissique
> La dépression
> des troubles identitaires
> Les facteurs anxiogènes
> Les consommations de toxiques
> La faible capacité de sublimation
> La présence de troubles psychiatriques
> l’antécédent familial serait un des facteurs premiers

A la fois, il ne faut pas utiliser chaque facteur de manière intrinsèque ou associés pour en déduire la spécificité d’une conduite suicidaire…

La dimension biologique quant à l’effet sérotoninergique (diminution de la sérotonine) ne peut expliquer à elle seule le lien de causalité.

Il en est de même pour le facteur génétique qui semblerait difficile à évoquer surtout dans un contexte où les « suicidants » sont de plus en plus jeunes…

Le contexte :

> familial (et la construction dès la prime enfance),
> environnemental
> sociétal,
> éducationnel,
> l’évolution quant aux valeurs …

…semblent être des facteurs bien plus déterminants…

Par contre, des troubles de la personnalité (états limites ou dits « border line ») s’embleraient en augmentation et accentueraient la prédictivité à la conduite suicidaire

Néanmoins au-delà du désir réel de mourir…il faut aussi percevoir une volonté d’exister au travers de l’acte…ce dernier venant symboliser notamment, le conflit dans le processus séparation- individuation…

Il ne faut pas oublier que l’adolescence est ce passage de l’enfance à l’âge adulte…passage parfois très difficile pouvant se signifier plus par un désir de fuite que convoquerait cet acte - dans le cadre de tensions ou de conflits intra psychiques insupportables - que par la volonté réelle de mourir…

C’est tout le paradoxe de l’adolescence…
C’est en « sens » que le jeune va vérifier son « être au monde » et sa « toute puissance » sur son destin ou son corps.

Se déclinent aussi, les nombreux passages à l’acte, qu’ils s’appellent scarifications ou mutilations…ou l’adolescent va « s’apaiser » par cette réappropriation corporelle.

Alors face à de telles conduites…Comment réagir ?

Ne jamais prendre un désir de « mort » à la légère…il est l’expression d’une véritable souffrance…

Il est aussi important de pouvoir s’orienter vers des professionnels pour une prise en charge…qui parfois pourra s’avérer être familiale !

L’évaluation passera par une écoute non jugeante où le jeune va se sentir rejoint dans son vécu …Le but n’est pas de le déstabiliser encore plus…mais souvent de le « re-narcissiser »…

Accompagner l’élaboration du jeune passe par ce qu’il arrive à mettre en mots ses maux, non rester dans « des silences sans fin » où ce dernier va revisiter son vide existentiel anxiogène!

L’important est de réinstaurer un « cadre » sécurisant…et de confiance…surtout avec des adolescents où la capacité d’intériorisation ou de subjectivation est faible !

La dimension clinique reste déterminante avec l’évaluation des idéations suicidaires et des comorbidités associées.

Il est important aussi de connaître « l’étayage » environnemental du jeune, à savoir les personnes ressources…

Les parents doivent se rassurer aussi et être rassurés, en évitant tout fatalisme sur leur jeune…L’adolescence est un passage…

La communication avec les adolescents évolue actuellement…elle n’est plus « verticale » c’est-à-dire sur un mode hiérarchique, mais « horizontale »…d’où la nécessité de savoir négocier…ce qui ne veut pas dire, ne plus poser d’ interdits ou sanctionner, mais créer des compromis …Trop d’adultes l’oublient et ont un positionnement phallique…de chef, qui n’est plus approprié aujourd’hui !

Au plan éducatif…Il est parfois intéressant d’écouter une certaine « possession parentale » : « MON fils ou MA fille »…symbolisme de la projection parentale en terme de toute puissance, là aussi…

Comme l’a écrit Khalil Gibran : « Vos enfants : […] ne tentez pas de les faire comme vous »
Jean Yves Soucis dans le même esprit exprimait : « Les parents : ils ont déjà pensé à tout. Pas moyen de réfléchir et de décider soi-même » (L’étranger au ballon rouge)

Il faut donc essayer d’aimer son adolescent tel qu’il est, même dans sa différence en regard des représentations ou valeurs parentales.

Il faut savoir accepter ses chemins…qui ne sont pas forcément celui du parent…

Pour conclure…il n’existe dans l’acte suicidaire aucun déterminisme humain…

Aussi il ne faut surtout pas enfermer ou stigmatiser l’adolescent dans son acte…Il ne s’appelle pas ou n’est pas : « tentative de suicide ».

Que deviendrait alors les processus de sublimation et de résilience …qui permettent de rebondir dans l’existence…

L’adolescence n’est donc pas synonyme de désespérance…©

Nicolas Sajus

Doctorant/chercheur

Psychanalyste
Conseiller conjugal et familial
Sexologue

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